Note méthodologique
Distinguer avant de conclure
Quand une expérience humaine est racontée, il est tentant d’aller vite : chercher une explication, donner un sens, formuler une conclusion. Le Laboratoire Aksoydan travaille autrement. Avant de conclure, il cherche d’abord à distinguer les niveaux qui se mélangent souvent.
Une première distinction concerne le processus de recherche.
Observation
Une observation désigne ce qui est directement observé, documenté ou rapporté de manière descriptive. Elle ne contient pas encore d’explication. Dire ce qui a été vu, entendu, noté ou transmis n’est pas encore dire pourquoi cela arrive.
Interprétation
Une interprétation est le sens attribué à une observation. Plusieurs interprétations peuvent coexister. Elles peuvent être utiles, mais elles doivent rester séparées des faits observés.
Hypothèse
Une hypothèse est une proposition explicative provisoire. Elle peut aider à chercher, mais elle doit pouvoir être précisée, corrigée, abandonnée ou remplacée. Une hypothèse ne devient pas une conclusion simplement parce qu’elle paraît cohérente.
Une deuxième distinction concerne l’expérience humaine elle-même.
Expérience vécue
Il y a d’abord l’expérience vécue : ce qui a été vécu par la personne. Dans une recherche, nous n’y accédons pas nécessairement directement : nous pouvons notamment y accéder par ce qu’elle en rapporte. Ce rapport appartient alors déjà au récit de l’expérience.
Récit de l’expérience
Il y a ensuite le récit de l’expérience : la manière dont cette expérience est racontée. Un récit peut changer avec le temps. Il peut être influencé par la mémoire, le langage, la culture, les émotions, le contexte ou ce que la personne a appris après l’événement.
Interprétation de l’expérience
Il y a enfin l’interprétation de l’expérience : le cadre utilisé pour expliquer ce vécu. Ce cadre peut être psychologique, neurologique, philosophique, spirituel, social, culturel ou autre. Plusieurs cadres peuvent coexister, mais leur coexistence ne les valide pas automatiquement les uns les autres.
Exemple fictif
Un exemple fictif peut aider à comprendre. Une personne dit : “Après cette conversation, j’ai senti un soulagement.” Le soulagement appartient à l’expérience vécue. La phrase utilisée pour en rendre compte appartient au récit. Dire que la conversation a causé ce soulagement est déjà une interprétation ou une hypothèse. Le laboratoire ne rejette pas le vécu. Il ne le transforme pas non plus immédiatement en preuve.
Ces distinctions ne servent pas à refroidir l’expérience humaine. Elles servent à la protéger contre les conclusions trop rapides. Elles permettent de conserver ce qui est observé, ce qui est raconté, ce qui est interprété, ce qui est hypothétique et ce qui reste inconnu.
Le travail méthodologique consiste alors à maintenir ces niveaux séparés aussi longtemps que nécessaire. Une recherche peut avancer sans tout résoudre immédiatement. Elle peut noter une expérience, observer la manière dont elle est racontée, proposer plusieurs interprétations, conserver des hypothèses concurrentes et reconnaître ce qui n’est pas encore établi.
🍅 On note. On observe. On traduit.